Burnout : pourquoi la rentrée est une période à risque ?

La rentrée est souvent associée au renouveau : nouveaux projets, nouvelles résolutions, reprise des activités professionnelles, organisation familiale, objectifs à atteindre… Pourtant, pour certaines personnes, cette période peut aussi devenir un véritable facteur de stress.

Après plusieurs semaines de rythme différent, le retour au travail peut entraîner une accumulation rapide de contraintes : reprise des horaires, charge de travail importante, mails en attente, réunions, objectifs, organisation familiale et parfois sentiment de devoir « rattraper » le temps perdu.

Pourquoi la rentrée peut-elle favoriser le stress et augmenter le risque d’épuisement professionnel ? Comment reconnaître les premiers signaux d’alerte et surtout, comment éviter le burnout ?

 

 

 

Burnout : de quoi parle-t-on exactement ?

 

Le burnout, ou syndrome d’épuisement professionnel ou personnel, correspond à un ensemble de réactions liées à un stress chronique qui n’a pas été correctement pris en charge.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le décrit, dans la CIM-11, comme un phénomène spécifiquement lié au contexte professionnel mais nous devons aussi comprendre les risques dans la vie personnelle. Il se caractérise notamment par un épuisement important, une prise de distance ou une attitude négative vis-à-vis du travail et une diminution du sentiment d’efficacité professionnelle.

L’INRS rappelle également que le burnout peut concerner différentes professions, particulièrement lorsque celles-ci nécessitent un engagement personnel important.

Il est donc important de ne pas confondre :

  • une fatigue passagère après une période intense ;
  • un stress ponctuel lié à la reprise ;
  • une surcharge temporaire de travail ;
  • et un véritable processus d’épuisement professionnel.

Le burnout s’inscrit généralement dans la durée. La rentrée peut cependant constituer un moment de bascule ou de révélation d’un épuisement déjà présent.

 

 

 

Pourquoi la rentrée peut-elle être une période particulièrement stressante ?

 

1. Le changement brutal de rythme

Pendant les vacances, les horaires peuvent être plus souples, les contraintes professionnelles diminuent et les temps de récupération augmentent.

La reprise impose parfois, en quelques jours seulement, de retrouver :

  • des horaires fixes ;
  • des déplacements ;
  • des responsabilités professionnelles ;
  • une charge cognitive importante ;
  • des obligations familiales ;
  • des contraintes administratives ;
  • des objectifs à atteindre.

Ce changement brutal peut donner l’impression que l’organisme et le mental doivent immédiatement retrouver leur niveau de performance habituel.

Or, se reposer ne signifie pas nécessairement avoir récupéré de plusieurs mois de fatigue accumulée.

 

 

2. La reprise révèle parfois une fatigue déjà installée

Les vacances peuvent permettre de prendre de la distance avec son quotidien professionnel.

C’est parfois au moment de penser à la reprise qu’une personne réalise :

« Je n’ai pas envie de retourner travailler. »

Cette sensation ne signifie évidemment pas automatiquement burnout.

Elle peut toutefois inviter à s’interroger lorsque le retour au travail provoque une anxiété importante, une fatigue intense, une perte de motivation ou le sentiment de ne plus être capable de faire face aux exigences habituelles.

L’INRS identifie notamment la surcharge de travail, la pression temporelle, le manque de soutien social, le faible contrôle sur son activité et l’insécurité professionnelle parmi les facteurs de risque associés à l’épuisement professionnel.

 

 

3. La « rentrée » concentre souvent plusieurs contraintes

La rentrée professionnelle n’arrive pas toujours seule.

Elle peut coïncider avec :

  • la rentrée scolaire des enfants ;
  • la reprise des activités sportives ;
  • la gestion des transports ;
  • de nouvelles contraintes horaires ;
  • des dépenses importantes ;
  • de nouveaux objectifs professionnels ;
  • des changements dans l’organisation de l’entreprise.

Le cerveau doit alors gérer simultanément de nombreuses informations.

Cette surcharge cognitive peut favoriser la sensation d’être constamment sollicité et de ne jamais avoir suffisamment de temps.

Le stress peut notamment se manifester par de l’irritabilité, des difficultés de concentration, des troubles du sommeil, des tensions physiques ou des troubles digestifs.

 

 

 

Les signes de stress à surveiller après la rentrée

 

Il est intéressant d’observer son état général dans les premières semaines qui suivent la reprise.

Certains signes peuvent être particulièrement révélateurs :

 

Sur le plan physique

  • fatigue persistante ;
  • tensions musculaires ;
  • maux de tête ;
  • troubles digestifs ;
  • sommeil perturbé ;
  • sensation de ne pas récupérer malgré le repos.

 

Sur le plan émotionnel

  • irritabilité inhabituelle ;
  • anxiété ;
  • sentiment d’être dépassé ;
  • perte de motivation ;
  • hypersensibilité ;
  • sentiment d’impuissance.

 

Sur le plan cognitif

  • difficultés à se concentrer ;
  • oublis fréquents ;
  • difficulté à prendre des décisions ;
  • impression d’avoir « le cerveau saturé » ;
  • difficulté à hiérarchiser les tâches.

 

Sur le plan professionnel

  • perte d’intérêt pour son activité ;
  • diminution du sentiment d’efficacité ;
  • procrastination ;
  • désengagement ;
  • sentiment de ne jamais en faire assez ;
  • attitude négative vis-à-vis du travail ou des collègues.

 

L’INRS souligne que les manifestations du burnout peuvent être émotionnelles, cognitives, physiques, relationnelles, comportementales et motivationnelles.

Un signe isolé ne permet évidemment pas de poser un diagnostic par le médecin. C’est leur accumulation, leur intensité et leur persistance qui doivent alerter.

 

 

 

Comment prévenir le burnout à la rentrée ?

 

La prévention ne consiste pas simplement à « mieux gérer son stress ».

Le burnout est multifactoriel et les conditions de travail jouent un rôle important. L’INRS insiste notamment sur la nécessité d’agir sur l’organisation du travail et les facteurs de risques psychosociaux.

Quelques réflexes peuvent néanmoins aider à mieux aborder la reprise.

 

 

1. Éviter de vouloir tout reprendre immédiatement

La rentrée donne parfois envie de repartir à 100 % dès le premier jour.

Il peut être plus pertinent de hiérarchiser :

Urgent → important → peut attendre.

Toutes les tâches n’ont pas la même priorité.

Accepter de ne pas tout faire immédiatement constitue déjà une forme de prévention.

 

 

2. Préserver les temps de récupération

La récupération ne devrait pas commencer lorsque l’on est déjà épuisé.

Sommeil, pauses, activité physique adaptée, alimentation régulière, temps sans écran, activités plaisantes et moments sociaux participent à l’équilibre général.

La récupération doit idéalement être intégrée au rythme de vie plutôt que considérée comme une récompense lorsque toutes les tâches sont terminées.

 

 

3. Identifier sa charge mentale

Une question simple peut être utile :

« Qu’est-ce qui me prend réellement de l’énergie aujourd’hui ? »

Il peut s’agir du travail lui-même, mais aussi des interruptions permanentes, des notifications, des réunions, des conflits, du manque d’organisation ou de la difficulté à dire non.

Identifier les sources de tension permet ensuite de chercher des solutions concrètes.

 

 

4. Réapprendre à poser des limites

Répondre à tous les messages immédiatement, accepter systématiquement les demandes supplémentaires ou prolonger régulièrement ses journées peut progressivement contribuer à une surcharge.

La prévention passe aussi par la capacité à définir des limites professionnelles réalistes.

 

 

5. Ne pas rester seul face aux difficultés

Lorsque la fatigue devient importante ou que le rapport au travail se dégrade durablement, il est préférable d’en parler.

Selon la situation, cela peut passer par le médecin traitant, le médecin du travail, un psychologue ou d’autres professionnels compétents.

Un professionnel du bien-être peut éventuellement intervenir dans une démarche complémentaire et d’accompagnement du bien-être, mais il ne pose pas de diagnostic de burnout et ne se substitue pas aux professionnels de santé.

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Et si la rentrée était l’occasion de revoir son rapport au travail ?

 

La rentrée peut aussi être un moment intéressant pour faire un bilan.

Plutôt que de se demander uniquement :

« Comment vais-je réussir à tout faire ? »

on peut également se demander :

  • Qu’est-ce qui me fatigue le plus ?
  • Qu’est-ce qui me donne encore de l’énergie ?
  • Quelles sont mes priorités ?
  • Quelles limites dois-je poser ?
  • Quelles tâches pourraient être déléguées ?
  • De quel soutien ai-je besoin ?
  • Mon organisation professionnelle est-elle réellement compatible avec mon équilibre de vie ?

Cette réflexion permet de passer d’une logique de performance permanente à une logique plus durable.

 

 

 

Prévenir le burnout : une responsabilité individuelle… mais aussi collective

 

Il serait réducteur de considérer le burnout uniquement comme un problème de gestion personnelle du stress.

L’OMS identifie parmi les risques psychosociaux au travail la charge de travail excessive, les horaires prolongés, le manque d’autonomie, le soutien insuffisant, les fonctions mal définies et certaines situations de violence ou de discrimination.

La prévention doit donc également interroger :

l’organisation du travail, les ressources disponibles, la charge réelle, le management, les relations professionnelles et les possibilités de récupération.

Pour une entreprise, la rentrée peut ainsi être un moment pertinent pour réévaluer les charges de travail, clarifier les objectifs et renforcer le dialogue avec les équipes.

 

 

 

La rentrée, un signal plutôt qu’une fatalité

 

La rentrée n’est pas en elle-même une cause de burnout.

Elle peut cependant agir comme un révélateur d’une fatigue accumulée ou d’un déséquilibre professionnel déjà installé.

Une fatigue ponctuelle après les vacances est généralement différente d’un épuisement qui s’installe et s’accompagne d’une perte de motivation, d’un sentiment d’inefficacité ou d’une distance croissante vis-à-vis du travail.

L’objectif n’est donc pas de redouter la rentrée, mais d’apprendre à repérer plus tôt les signaux d’alerte.

Prévenir le burnout, c’est aussi accepter que la récupération, les limites et la qualité de vie ne sont pas des obstacles à la performance : elles participent à sa durabilité.

 

 

À retenir

Le burnout ne survient généralement pas du jour au lendemain.

La rentrée peut être un moment particulièrement intéressant pour observer son niveau de fatigue, son rapport au travail et son équilibre général.

Si les signes d’épuisement persistent, s’intensifient ou perturbent fortement la vie quotidienne, il est important de solliciter un professionnel de santé.

Pour les professionnels de l’accompagnement, comprendre les mécanismes du stress, les facteurs de risque psychosociaux et les limites de son propre champ d’intervention constitue également une compétence essentielle.

Alexandra Attalauziti  naturopathe reflexologue depuis 25 ans, Directrice ADNR, Présidente du SPBE

 

 

Sources

Organisation mondiale de la Santé — définition du burnout et santé mentale au travail.

INRS — Épuisement professionnel ou burnout : facteurs de risque, manifestations et prévention.